Stop féminicides - Pour une action directe face aux plaintes pour violences conjugales
Féminicides : combien de plaintes faudra-t-il encore?
Gloria avait 24 ans. Elle avait peur. Elle avait parlé.
Avant d’être tuée par son ex-compagnon en mars dernier à Schaerbeek, elle avait porté plainte à plusieurs reprises. Elle avait alerté, signalé les violences, demandé protection. Elle avait fait ce que l’on attend des victimes : franchir la porte d’un commissariat, déposer plainte, faire confiance aux institutions.
Et pourtant, Gloria est morte.
Son histoire n’est pas un cas isolé. Dans de nombreux féminicides, les victimes avaient déjà signalé des faits de violence. Ces crimes ne surgissent pas de nulle part : ils sont précédés de signaux, souvent multiples, trop souvent sous-estimés.
Nous savons. La police le sait. La justice le sait.
Et pourtant, l’intervention reste encore trop tardive.
Il est temps de reconnaître une évidence : la répétition des plaintes est un indicateur majeur de danger.
Une première plainte doit alerter.
Une deuxième plainte doit déclencher une action.
À ce stade, il ne s’agit plus de conflits privés ni de situations à relativiser. Il s’agit d’un risque réel d’escalade vers des violences graves, voire mortelles.
C’est pourquoi nous appelons à une mesure claire :
à partir de la deuxième plainte pour violences conjugales, une protection renforcée doit être automatiquement déclenchée.
Cela implique :
- une évaluation immédiate du danger ;
- des mesures d’éloignement effectives de l’agresseur ;
- le recours, si nécessaire, à des dispositifs de surveillance comme le bracelet électronique ;
- une priorisation judiciaire ;
- une coordination obligatoire entre police, justice et services sociaux.
Aujourd’hui, dans trop de cas, la charge de la protection repose encore sur les victimes : partir, se cacher, s’adapter. Cette logique doit être inversée. Ce n’est pas à la victime de disparaître, mais à l’agresseur d’être empêché de nuire.
La Belgique dispose d’outils juridiques. Mais leur activation reste inégale, parfois trop tardive face à des situations d’urgence. Chaque féminicide révèle les failles d’un système qui n’a pas su – ou pas voulu – agir à temps.
Gloria n’est pas un fait divers.
Sa mort pose une question simple :
combien de plaintes faudra-t-il encore pour être protégée ?
Nous refusons que ces drames soient suivis d’émotion, puis d’oubli. Prévenir les féminicides est possible. Cela suppose d’agir dès les premiers signaux répétés et de faire de la protection des victimes une priorité absolue.
À défaut, nous continuerons à compter des morts que nous aurions pu éviter.
Signataires :
Un collectif de la société civile et du monde associatif engagé dans la lutte contre les feminicides.