Le passage en force à une version inexploitable de l'APC fait peser une lourde menace sur la qualité des enseignements et des apprentissages au secondaire. Mettons-y un terme.

Arrêt de l’implémentation  en cours du modèle de l’Approche Par Compétences (APC) en vigueur

 

À l’attention de Monsieur Jean Ernest Massena Ngallé Bibehé, Ministre des Enseignements secondaires.

Auteur : Jacques Evouna, ENS-UMa

 

Monsieur le Ministre des Enseignements secondaires, 

Par deux arrêtés, – N° 263/14/MINESEC/IGE du 13 août 2014 et N° 419/14/MINESEC/IGE du 9 décembre 2014 – votre prédécesseur

définissait les programmes d’études des classes de 6e/5e, puis de 4e/3e 

consacrait un changement de paradigme dans notre système éducatif.

À la pédagogie par objectifs (PPO) s’est substituée l’Approche par les compétences avec une entrée par les situations de vie (APC-ESV). 

Depuis ce basculement, l’écume d’une vague d’incertitude montante envahit les milieux pédagogiques camerounais qui sont passés, explique-t-on, du modèle canadien au modèle belge. Mais qui peut garantir aux enseignants aujourd’hui que le modèle qu’on leur impose est belge plutôt que canadien ? Qui, aujourd’hui, peut dire qu’il en a acquis la maîtrise ? Mais la question de l’origine est de loin secondaire. Autant la méthode par essais et erreurs est efficace pour l’apprentissage, autant elle est fatale pour l’enseignement. La qualité des enseignements et des apprentissages se dégrade au quotidien. Une méthode s’impose par son intelligibilité, sa simplicité, son efficacité, et par sa maniabilité. On ne l’impose pas par et pour ce qu’elle a/aurait coûté à l’État. La communauté des enseignants tarde encore à trouver et à reconnaître ces qualités à l’APC-ESV, puisqu’elle s’illustre, au contraire, par son opacité qui en fait, aux yeux d’un grand nombre d’enseignants, une sorte de nébuleuse, de science occulte ou ésotérique. Que d’errements et d’amateurisme dans l’implémentation de l’APC-ESV ! Les enseignants ne sont réticents ni au changement de paradigme ni à l’APC. Le fait est qu’ils ne comprennent pas ; et les inspecteurs, eux-mêmes en perte de moyens, ne sont pas à même de traiter d’une situation-problème imposée par le haut mais qu’ils se limitent à répercuter vers le bas. 

Toute polémique écartée, le risque est à venir, si rien n’est fait. L’intelligence des générations entières de Camerounais, insouciants et candides cobayes d’une expérience périlleuse, qui crieront demain leur colère, est immolée sur la table de l’obstination. Quant à l’enseignant, la rigidité caractéristique du cadre méthodologique actuel le confine à des automatismes : les leçons, indifféremment des disciplines et des sous-disciplines, suivent étrangement le même canevas.

Efficace, l’APC-ESV peut l’être effectivement. Mais elle ne l’est pas en l’état ; elle peut aussi être simple à la condition que nous, Camerounais, fassions le tri parmi un foisonnement de discours parfois contradictoires ; l’efficacité n’en sera garantie que par une nécessaire appropriation, c’est-à-dire une adaptation plutôt qu’une adoption. Il faut sortir du cadre théorique général et hautement abstrait pour définir des applications qui tiennent compte des spécificités disciplinaires. L’APC-ESV peut et doit être implémentée, mais à un coût différent et surtout moins exorbitant que la désorganisation de notre système éducatif si le cap actuel est maintenu. Il est crucial : 

d’harmoniser, avec les praticiens, le modèle pour réduire les nombreuses disparités relevées ; 

de l’adapter effectivement à notre environnement, à nos réalités et à aux besoins de notre société ;

de définir les compétences à développer par disciplines et par niveaux ; 

de rédiger des programmes d’études cohérents ; 

de produire une documentation conséquente pour édifier les enseignants sur la question ; 

de faire inscrire, en concertation avec le MINESUP, l’APC au programme de toutes les ENS et les ENSET ;

d’organiser des séminaires de formation en destination des inspecteurs et des enseignants ; 

d’astreindre effectivement les inspecteurs à 6 heures d’enseignement hebdomadaires (comme le prévoient les textes), qu’ils pourront assurer dans les établissements où ils effectuent des missions. Ils seront alors plus au fait des réalités du terrain.  

C’est pour l’exécution de ces points et d’autres encore que nous demandons l'arrêt de l’implémentation en cours du modèle de l'APC-ESV en vigueur. Nous suggérons d'élaborer, sur la base des données et expertises disponibles et des experiences accessibles, un modèle pédagogique adapté à notre environnement, à nos réalités et aux besoins de notre société.

Car c’est en formant une jeunesse citoyenne et compétente qu’on travaille à l’émergence du Cameroun ; mais c’est en faisant de son système éducatif le terrain d’expérimentation de méthodes incertaines qu’on compromet les meilleures chances de réussite des jeunes.

Monsieur le Ministre des Enseignements secondaires, le basculement à l’APC-ESV a été conduit avec des normes qui ne garantissent pas les résultats que notre pays est en droit d’en attendre. Nous reposons donc entre vos mains l’espoir d’une réforme intelligente et lucide, qui rendra à notre système éducatif ses lettres de noblesse. 

Avec l’expression de notre profonde déférence ainsi que notre admiration pour ce que vous entreprendrez pour notre système éducatif, notre jeunesse et l’avenir de notre pays. 

Jacques EVOUNA

PLEG Français, Universitaire

(237) 699 743 226, jacquesevouna@yahoo.fr

« Car les choses n’arrivent un jour que parce que quelqu’un les a d’abord un jour rêvées, que parce que quelqu’un les a d’abord un jour voulues. » Bernard Barrateau.  

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